La mode est aux transfuges. Les transfuges sont à la politique ce que les transferts sont au football. En football il est devenu d'usage qu'un joueur parisien (pour ne prendre que cet exemple) proclame son attachement indéfectible au PSG quelques heures avant de signer à l'olympique de Marseille.
En politique c'est aujourd'hui pareil. Quelques jours à peine après avoir fustigé son adversaire, tel responsable politique (la spécialité paraît pour l'instant assez masculine) le rejoint sans vergogne en estimant que, décidément, celui-ci est le seul qui soit clair.
Car le transfuge ne change pas d'opinion, c'est l'opinion qui change. En outre il ne pense pas bien sûr à lui, mais à l'intérêt de ses concitoyens. Au nom de l'intérêt général, il s’adapte et découvre dans une vision quasi divine que celui qu'il attaquait était au fond d'accord avec lui et très proche de ses propres convictions. Car ne nous y trompons pas le transfuge est visionnaire. Comme tout visionnaire, aveuglé par le regard qu'il porte vers l'avenir, il oublie évidemment ses déclarations passées. Une règle et même un théorème indiquent d'ailleurs que plus celles-ci étaient radicales, plus la valeur du transfert est grande, plus le transfuge est identifié. C'est ce que dans le langage politique actuel on appelle de belles prises.
Je sais bien qu'en Lorraine nous sommes assez habitués à cela notamment au niveau économique. Il y a quelques années tous les sidérurgistes savaient que lorsqu'on repeignait l'usine cela signifiait en fait qu'elle serait fermée quelque jours plus tard. Il n'empêche je ne suis pas certain que tous les citoyens soient fascinés par le phénomène et surtout que tout cela redouble leur appétit pour la politique.
